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Sentinelles971

Le blog d'information des Médecins Généralistes de Guadeloupe

RetEx sur l’épidemie de chikungunya de 2014.

Au moment où s’annonce l’émergence d’une nouvelle arbovirose (Zika)… revenons sur les enseignements et conclusions du RetEx (retour d’expérience) sur l’épidémie de chikungunya en 2014, qui s’est tenu le 27 juin 2015 et dont on retiendra, en Guadeloupe:
une disparition dans la dynamique de l’épidémie en fonction des iles (également notée avec la Martinique)
chik iles
– des effets paradoxaux de la sécheresse, combinés aux problèmes de   réseaux d’eau, incitant la population à constituer des réserves d’eau qui dans certains cas ont contribué à la multiplication de gîtes larvaires.
chik et pluie

POINTS FORTS:
– Bon système de surveillance épidémiologique et une forte implication des professionnels de santé
Anticipation avec l’utilisation du PSAGE chikungunya ( outil d’organisation de la réponse et de la communication)
– Bonne coordination au niveau de l’ARS
– Forte réactivité des autorités (gestion et coordination des structures pilotée par la préfecture notamment) et de certaines municipalités, quand d’autres ont beaucoup tardé à se mobiliser…
Large mobilisation de partenaires et d’acteurs y compris privés (organisations patronales)
– Elimination rapide et organisée des déchets métalliques à risques et des filières de traitement performantes
Mobilisation progressive et large de renforts

POINTS FAIBLES:
– Difficultés à prévoir la dynamique de l’épidémie
– Difficultés à impliquer les populations et les municipalités  en dépit des actions (coûteuses) de communication et de la formation de relais, mais qui génèrent peu de changements des comportements
 – Absence d’un niveau de coordination des communes par l’AMG (Association des Maires de Guadeloupe) les élections municipales, les fêtes de carnaval ont également été des facteurs démobilisateurs.
– Absence de molécules adulticides

 PERSPECTIVES:
Actualiser le PSAGE avec des déclinaisons dengue/chik/zika
Optimiser les bases de receuil épidémiologiques (saisie/ressources humaines)
Reprofiler le service LAV (cadres et agents de terrains)
– Maintenir la collaboration avec les communes
– Elaborer une convention avec le SDIS visant à l’engagement de renforts opérationnels (30 agents formés) en cas d’épidémie ou de menace d’épidémie majeure.
– Réfléchir aux modalités d’implication d’autres sources de renforts humains (agents du Parc National, ou de l’ONF…)
– Etablir une ligne de conduite concernant l’utilisation des insecticides efficaces selon le risque épidémique.
– Poursuivre la recherche pour la LAV (insecticides, moustiques stériles ou génétiquement modifiés…)
– Poursuivre l’élaboration des plans communaux de lutte et de prévention des maladies vectorielles (moustique, rat…)
– Développer les réseaux d’information humains (Education Nationale, organisations patronales…), sociaux (internet…) et médiatiques (obtenir des espaces gratuits lors du passage en épidémie)
– Développer l’éducation à la santé (lutte contre le moustique…), et l’environnement.
– Revoir la stratégie de communication et mobilisation sociale (municipalités, associations…)

Sources: Bilan des actions de LAV et de prévention développées dans le cadre de l’épidémie de CHIKUNGUNYA EN GUADELOUPE et RetEx Chik 2014 ARS Guadeloupe Iles du Nord et Bulletin de veille sanitaire nov 2015

Compte rendu de l’EPU Chikungunya.

L’EPU du 20/03/2014, organisée par l’ARS, c’est divisée en 3 parties:
1ERE PARTIE: MEDICALE, présentée par le Pr HOEN du service de maladies infectieuses du CHU, avec:
a) Rappel des 3 phases de la maladie (forme typique non compliquée) et de la prévalence des signes cliniques
• phase aigue, fébrile, qui dure environ 5 jours, avec des arthralgies (signe constant)  +/- associé à des oedèmes +/- un rash morbiliforme.

chik artic
dengue versus chik

phase de convalescence: apyrétique, avec une asthénie, des arthralgies persistantes +/- une éruption papulo-maculause +/- prurit notamment des paumes et palmes.
phase chronique (30 à 60% des cas), avec des arthrites récidivantes, et comme facteurs de risque identifiés: un age > 45 ans, des arthrites intenses à la phase aigue, des ATCD rhumato.

b) Le diagnostic est avant tout clinique, et dès que vous aurez vu une dizaine de cas vous les reconnaitrez à leur démarche (de la gêne à la marche, type boiterie, jusqu’au besoin d’être soutenu par les accompagnants pour se déplacer).
Le diagnostic biologique est à réserver aux formes atypiques ou doute diagnostic (notamment avec dengue, leptospirose, primoinfection VIH…polyarthrites…)
Par ailleurs la biologie montre en général une lymphopénie (inférieure à 1000, en moyenne 850), une absence de thrombopénie, et une CRP aux environs de 50.
Le score clinico-biologique ci-dessous a été proposé (il n’est cependant pas encore validé).

score chik
c) La prise en charge est principalement ambulatoire.
Les critères d’hospitalisation ne sont pas spécifiques (imposibilité au maintien à domicile, déshydratation, AEG, forme grave… décompensation d’une co-mobidité, complication iatrogène, nourrisson fébrile <3 mois, syndrome hyper-algique non gérable à domicile notamment pour les enfants…) sauf dans le cas de la femme enceinte proche du terme.
En effet s’il y a une situation à risque c’est la transmission du virus à l’enfant au cours de l’accouchement (50% des cas, avec 50% de formes graves parmi lesquelles 50% gardent des séquelles notamment neurologiques).
Thérapeutique:
• en aigu: hydratation et paracétamol (aux posologies adaptées au poids).
En 2ème intention antalgiques de palier 2 voire 3 (en respectant les AMM: tramadol >3 ans, et codeine >12 ans). AINS et aspirine sont contre-indiqués.
• en post-aigu: antalgiques de palier 1, 2, voire 3.
AINS en 2ème intention en cures courtes, voire corticoides.
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2EME PARTIE: EPIDEMIOLOGIQUE présentée par le Dr Sylvie CASSADOU, médecin épidémiologiste à la Cire Antilles-Guyane.
courbe chikAvec un essai de projection à l’echelle de la Guadeloupe, de ce que pourrait être l’épidémie chez nous en s’appuyant sur la courbe épidemiologique de l’épidémie de la Réunion, avec:
– une 1ère période de avril à décembre 2005, avec entre 100 et 350 cas/semaine
– une 2ème période «explosive», avec passage en 1 mois de 400 à 10 000 cas/semaine, puis 15 jours apres le pic de 47 000 cas/semaine !!! et ensuite une décroissance sur 6 mois.
A la Réunion, on estime que l’épidémie 2005-2006, a touché 33% de la population, soit 266 000 personnes, avec 250 cas graves, 44 cas de transmission materno-néonatale et un « excès » de 250 décès sur la période.
Pour le moment en Guadeloupe, on recense entre 150 et 200 cas/semaine. L’épidémie de dengue prend fin, et la saison sèche commence. On espère une ascension lente du nombre de cas, mais les choses risquent de changer avec l’été et la conjonction pluie + chaleur… comme cela a été le cas à la Réunion (où hémisphère Sud oblige, l’été est en décembre).
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3EME PARTIE: « GESTION DE LA CRISE à venir», présentée par le Dr Patrick SAINT MARTIN, pharmacien, et Directeur du pôle de Veille Sanitaire à l’ARS.
Pour extrapoler à la Guadeloupe (400 000 habitants), l’épidemie pourrait concerner 132 000 personnes, avec dans le cas d’un pic de même ampleur, un pic de 23 000 cas/semaine !!!
Le chikungunya étant une pathologie qui necessite rarement l’hospitalisation (250 cas graves à la Réunion), la prise en charge sera essentiellement ambulatoire.
L’ARS estime que les 340 médecins généralistes en activité de Guadeloupe, atteindront leurs « limites d’absorption » du phénomène vers 1000 cas/semaine.
L’ARS réfléchi donc à l’organisation de dispositifs faisant appel par exemple aux:
– professionnels de santé de la réserve sanitaire, gérée par l’EPRUS (Etablissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaires) qui existe depuis 2007, suite justement à la crise sanitaire provoquée par l’épidémie à la Réunion.
– infirmiers de ville, en utilisant les moyens de télémédecine et e-prescription (en cours de discussion avec l’Ordre)
– médecins retraités
– médecins salariés (PMI, scolaires, travail…)
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Bilan 2010-2013 de la surveillance épidémiologique hebdomadaire, par le réseau sentinelle de Guadeloupe.

Le réseau des médecins sentinelles de Guadeloupe, existe depuis 1983, et compte en 2012, 46 médecins sentinelles pour la Guadeloupe et ses dépendances (21 en Grande-Terre, 19 en Basse-Terre, 3 à Marie-Galante, 2 aux Saintes et 1 à la Désirade).

Les médecins du réseau représentent 15,6 % de l’ensemble des médecins répartis de façon homogène sur le territoire (13 % en Grande-Terre, 17 % en Basse-Terre, 38% à Marie-Galante, 75% aux Saintes, et 100% à La Désirade) et sont considérés comme représentatifs de l’activité médicale de ville, ce qui permet à partir notamment des déclarations de cas hebdomadaires des estimations pour l’ensemble de la population guadeloupéenne, et des courbes épidémiologiques de suivi comme celles présentées ci-dessous sur:

1)  LA DENGUE (ou plus exactement les syndromes dengue-like) : avec mise en évidence l’épidémie de 2010 à DENV-1 et 4.
dengue2) LA GRIPPE (ou plus exactement les syndromes grippaux), avec mise en évidence de l’épidémie 2010-2011 (17 100 cas estimés)

grippe3) LA BRONCHIOLITE avec identification de VRS en 2012.

bronchioloite

4) LES CONJONCTIVITES, avec l’épidémie de 2010-2011, et ses 2 pics à 340 cas estimés/semaine.

conjonctivites

5) LES GASTRO-ENTÉRITES AIGUËS (GEA) , avec des épidémies annuelles (16 000 cas estimés en 2011-2012).
GEA6) LA VARICELLE, avec l’épidémie de 2011 (5500 cas estimés).
varicelle

Source: le réseau de médecins sentinelles de Guadeloupe, bilan 2011-2012, InVS

Voir aussi les bilans 2011-2012 des réseaux de médecins sentinelles de St Martin et St Barth, et de Martinique.

Donneurs d’Alerte: Epidémio, Toxico, et Hématologie.

En lien, l’article «L’épidémiologie, une science au service des l’industrie?», en ligne sur le blog du Dr William DAB, épidémiologiste: «Des risques et des Hommes. Incertitudes et démocratie».
Un article sur l’épidémiologie et la toxicologie, pour OUVRIR LE DÉBAT qui mérite une clarification de la limite des paramètres entre les effets inattendus ou pervers de ces deux sciences et les enjeux de santé publique.

Le Pr William DAB, a été un Directeur de la Santé en France (il est venu en Guadeloupe), et il n’ignore pas que les enjeux sociétaux sont répartis entre l’intérêt des victimes qu’il semble présupposer exagérer les effets oncogènes de l’environnement, ceux des industriels qui les minorent, et les institutions d’État de la Santé Publique qui seraient censés les arbitrer…L’équité de cet arbitrage resterait une vertu indiscutable et légitime…

La réalité et l’actualité des faits semble faire évoluer ces contingences vers plus de complexité.
A travers l’exemple Guadeloupéen, nous devons nous questionner sur nos systèmes d’alerte et les conséquences de la place d’un autre acteur plus actuel mais qui est de plus en plus prégnant c’est le WEB, la blogosphère, les RSS…
J’ai lancé, en tant que seul hématologue exerçant dans un DOM, en Guadeloupe, en 2010, une alerte sur l’émergence des hémopathies malignes, comme les lymphomes, les myélomes, sur une petite étude épidémiologique, au congrès de la SFH (Société Française d’Hématologie). Peu de temps après, le «Plan Chlordécone» est arrivé en Guadeloupe, ayant permis la création d’un registre limité à 3 ans et les travaux épidémiologiques de l’équipe INSERM en place ont confirmé le rôle délétère sur l’incidence des cancers de la prostate et sur le développement cognitif des enfants…Les premiers résultats du registre viennent de tomber, les hémopathies malignes arrivent au 4ème rang des cancers en Guadeloupe !…Cette alerte passe inaperçue car, entre autres raisons, j’ai été le seul hématologue clinicien ayant exercé en Guadeloupe ces dernières années et j’y suis parti depuis 3 ans !…
Pour un clinicien de mon âge, l’épidémiologie et la toxicologie ne sont que des outils diagnostiques, comme le microscope et la radiologie appliqués à des populations ou des groupes, la médecine préventive ou curative à appliquer à ces populations procède en utilisant ces outils mais pas seulement: le bon sens, le principe de précaution, sont des outils de plus en plus négligés, de même que l’expérience, tous ces outils orientent les décisions médicales…
Lorsque j’étais étudiant médecin, il y a 40 ans, la précaution par rapport au bitume était déjà un acquis, la leucémie myéloïde chronique était la maladie des cantonniers (épidémiologie) et on savait que les cancers de la peau étaient induits par le bitume en apprenant l’oncogénèse (toxicologie).
Aujourd’hui tous ceux qui ont un impact décisionnel nous devrions utiliser tous nos outils et non nous fier qu’aux deux outils épidémiologie et toxicologie…
Illustration des divergences et des défiances entre les positions des institutions d’État et les victimes supposées, sur divers problèmes non résolus : Impact des cancers de la thyroïde post TCHERNOBYL, Amiante, Chlordécone et autres pesticides, bitume…
Les donneurs d’alerte et les décideurs de la santé publique devraient être redéfinis et impliquer plus les citoyens…

Le plan Cancer III est en instance, je vous invite à vous connecter sur le site de l’INCa (Institut National du Cancer), vous pouvez y laisser vos observations avant le 20 mai, n’hésitez pas vous aussi à donner l’alerte!!!

En Guadeloupe, les hémopathies malignes sont endémiques, liées en grande partie à l’environnement, toujours pas d’hématologue clinicien depuis mon départ, toujours pas de service hospitalier dédié à l’hématologie dans les établissements de santé, le recours reste la Martinique ou la France hexagonale!…

Dr Michaël FINAUD, hématologue.

Le Registre Général des Cancers de Guadeloupe.

registre K logo Les registres de morbidités sont des structures épidémiologiques qui réalisent l’enregistrement continu et exhaustif des cas d’une pathologie donnée dans une région géographique donnée et qui, à partir de cet enregistrement, effectue, seule ou en collaboration, des études visant à améliorer les connaissances concernant cette pathologie.
Ils sont essentiels pour la production d’indicateurs épidémiologiques : incidence et mortalité par sexe par période, par classe d’âge ; probabilité de survie après un diagnostic de cancer. Ces indicateurs sont utilisés pour l’élaboration de stratégies de prévention, l’amélioration de la prise en charge des patients et le développement de la recherche en épidémiologie.
Les registres peuvent aussi mettre en évidence des inégalités sociales et/ou des
inégalités territoriales de santé.

Les registres fonctionnent dans le cadre d’un réseau de collaborations locales avec les professionnels du système de soins mais aussi nationales et internationales du fait de l’utilisation de règles communes d’enregistrement.

Il existe en France, 15 registres généraux (toutes localisations cancéreuses) et 10 registres spécialisés faisant partie du réseau Français des registres de cancers (réseau Francim).

Présentation du registre de Guadeloupe
Responsable: Dr Jacqueline DELOUMEAUX 
Année de création: 2008
Autorisation CNIL: 29 juin 2009 (N° 909113)
Année de première qualification: 2011
Localisation: CHU de Pointe-à-Pitre
Coordonnées: 05 90 89 16 99, secretariat.registre@chu-guadeloupe.fr
Financeurs: Institut de veille sanitaire, Institut National du Cancer, ARS Guadeloupe
Population cible: Guadeloupe et collectivités territoriales de Saint-Martin et Saint-Barthélemy (450 000 habitants)

Collaborations :
Etablissements de soins (DIM et service de soins): CHU de Pointe-à-Pitre, Centre Hospitalier de la Basse-Terre, Centre Hospitalier de Saint-Martin, Cliniques des Eaux-Claires, Polyclinique de Guadeloupe, Centre Médico-sociale.
Laboratoires d’Anatomo-Cyto-Pathologie : CHU, cabinet Dr Trival, cabinet Dr Téron-Aboud.
Assurance Maladie : CNAMTS, RSI
Structures: Karukéra-onco (Réseau de cancérologie de Guadeloupe), AGWADEC (Association Guadeloupéenne de dépistage des cancers), Centres de Coordination en Cancérologie de Basse-Terre et Grand-Terre (3CGT)

Fonctionnement :
Recueil rétrospectif (n-2) de données socio-démographiques et médicales à partir des différentes sources d’informations.
La codification des cas de cancer se fait à partir de la Classification Internationale des maladies pour l’Oncologie 3ème version (CIM O3).

Le cancer en quelques chiffres en Guadeloupe :
Plus de 1500 nouveaux cas par an.
Sex ratio de 1,7
Moyenne d’âge : 66 ans (±13) chez les hommes, 61 ans (± 16) chez les femmes.

Le cancer de la prostate chez les hommes représente 1/3 des cas nouveaux cas de cancers toutes localisations confondues.

registre 1

 

registre 2

 A venir:
Le bulletin du registre pour la fin du 1er trimestre 2013
– Un article sur la procédure de signalement au Registre des cancers par les médecins.