Automesure tensionnelle.

Nous avions écrit dans un précédent article sur le « Tensiomêtre offert par la Caisse », des bons points de cette offre, et des réserves quand à son utilisation…
Et voilà que les DAM (Délégué de l’Assurance Maladie) viennent nous raconter qu’il faut prêter ce tensiomêtre à nos patients, pour qu’ils s’automesurent…
SAUF QUE:
– brassard inadapté aux « petits » bras
qui fait l’éducation à l’automesure?
comment interpréter des mesures sur 3 jours pour un patient qui ne l’a jamais fait et qui sera donc stressé par le simple fait de prendre sa tension?
Tout cela sans compter le discours des DAM qui vont au feu sans aucune préparation, mélangeant les messages de diagnostic et de suivi, et les reco pour l’instauration d’un traitement… et essayant à tout prix de placer leur documentation plus ou moins adaptée…
POUR RAPPEL:
• la technique d’automesure de la PA: basée sur les reco 2011 SFHTA sur la mesure de la PA pour le diagnostic et le suivi: mesure électrique, brassard huméral de taille adaptée, au repos, en position assise, 3 mesures le matin et 3 mesures le soir sur 3 jours.
SAUF QUE le peu que j’ai vu du « livret d’info de la Caisse » (qui contient beaucoup trop de pages pour être utilisé comme support d’éducation), montre en photo un patient avec un tensiomêtre de poignet, en position bras fléchit sur le thorax…
Si je devais conseiller un livret ce serait celui-ci ou celui du site automesure.com

reco SFHTA PA

• l’éducation: point 3b des reco SFHTA 2011 en 10 points… ou au dos de la plaquette Assurance Maladie « lors du prêt de l’appareil d’automesure, le patient doit être éduqué aux gestes de l’automesure »…
Tout le monde semble donc d’accord sur le fond… mais la forme? « démonstration par un professionnel de santé »??? qui s’y colle? qui rémunère ce temps d’éducation thérapeutique? La CGSS Guadeloupe voudrait nous faire faire le boulot bénévolement??? alors qu‘il existe déjà en Guadeloupe un outil performant: le Programme d’Education à l’Automesure du réseau HTA-GWAD dont ont bénéficié depuis 2011, plus de 2000 patients (fiche d’inclusion PEA téléchargeable), mais cela la DAM qui vient vous parler de l’auto-mesure ne le sait même pas (enfin maintenant oui…) et ne vous en parlera pas… pour info un PEA HTA-GWAD c’est 2 séances de 45 minutes au domicile du patient, effectuées par une IDE formée.
• le receuil et l’analyse des mesures: je vous renvoie vers le site automesure.com et particulièrement l’onglet « mesure » qui renvoie vers une feuille de notation téléchargeable, et l’application hy-result en ligne.
• les valeurs « normales » de TA:
– au cabinet <140/90
– en automesure à domicile <135/85
– en MAPA sur 24h < 140/90 réveillé et <120/70 en dormant
Des chiffres au-dessus doivent faire évoquer une HTA, MAIS cela ne signifie pas toujours qu’il faut traité le patient (voir les reco 2013 SFHTA sur la prise en charge de l’hypertendu)

Tensiomètre offert par la Caisse…

Sur votre EspacePro, vous avez surement noté l’offre « tensiomètre » de la Caisse…

tensio

J‘ai donc testé pour vous…
1) Sur Espace Pro, « CLIQUEZ ICI » à l’endroit indiqué, puis remplir le formulaire de commande
2) J’ai reçu rapidement une confirmation par mail de ma commande par le prestataire choisi par la Caisse
3) Le tensiomètre était livré par Chronopost quelques jours après, SAUF QUE j’ai refusé le colis car on me demandait de payer 5 euros de taxe, ce que j’ai refusé et signalé:
– à l’adresse mail du prestataire: courrier qui est resté sans réponse…
– à ma DAM (Déléguée Assurance Maladie) attitrée, qui devait se renseigner
4) 12 jours après ma commande, j’ai finalement eu une 2ème visite de Chronopost et pris livraison sans aucun frais du tensiomètre commandé.

J’ai donc déballé mon colis, et relever les bons et mauvais points de cette offre:
BONS POINTS
– pour la Caisse:
• proposition gratuite d’un outil utile
• simplicité du passage de la commande
– pour le transporteur: délai de livraison, et livraison au cabinet 
– pour le fabriquant et prestataire (Magnien Microlife® France):
• tensiomètre agréé (liste ansm)
• coût très intéressant (26.5 € HT)
simplicité de mise en service, piles fournies
• poids et encombrement minimes, avec étui de rangement
grand écran, affichage grand format
• brassard grande taille (utile avec nos patients en surpoids)
• possibilité de téléchargement d’un logiciel qui permet des courbes de mesure (même si peu d’intérêt en utilisation au cabinet)

MAUVAIS POINTS
– pour la Caisse: coût final de l’opération: 110,04 euros pour un tensiomètre facturé 26.5€, soit 74% de frais !!! dont 70,31 euros de port ?!!! on comprend mieux le déficit de la sécu!
– pour le prestataire et le transporteur: coût prohibitif du transport facturé à la Caisse, en plus de faire croire au médecin qu’il doit régler 5€ de dédouanement.
PS: Le même colis (860g, Métropole-Guadeloupe) est facturé chez Collissimo 36.8€ (simulation en ligne).
– pour le fabricant:
• dommage qu’il n’y ai pas aussi un brassard taille standard
• dommage que le logiciel ne soit pas directement compatible avec le logiciel médical
• «bip » pendant la mesure très sensible aux variations de pouls (utilisation non fiable en cas d’irrégularité du pouls)

AU TOTAL:
– POUR LE MÉDECIN, une opération gagnante, avec un «rapport qualité/prix/temps consacré » imbattable: un tensiomètre agréé, avec brassard grande taille, livré au cabinet… le tout sans aucun frais, pour un investissement personnel minime (commande en 3 minutes sans se déplacer).
– POUR LA CAISSE / L’ETAT / LA SOCIÉTÉ dans son ensemble,,, une opération que je juge catastrophique: une dépense publique équivalente à presque 4 fois la valeur du produit!!! à cause d’un port, qui représente 71% de la facture finale!!!

ET DONC… je compte bien lors de la prochaine Commission Paritaire Locale (CPL), qui réunit la Caisse, les représentants syndicaux des médecins, et où je représente MGFrance-Guadeloupe:
rapporter ces observations.
– demander à connaitre le coût d’une commande de streptatest (même principe de commande sur EspacePro et livraison gratuite au cabinet), à comparer avec les économies « écologiques et financières » potentiellement réalisables.
proposer une autre solution « pour une autre fois »: une commande groupée chez un prestataire local, ou métropolitain, et livraisons par les DAM.
– souligner le fait que les médecins ne peuvent en aucun cas être tenus pour responsables (parce qu’ils ont passé commande) de telles dérives dans les dépenses 
– de souligner que de tels exemples de gestion de l’argent public rendent d’autant plus difficile l’adhésion des médecins aux efforts de réductions de dépenses et aux objectifs d’efficience fixés pas la Caisse…

Je ne manquerai pas de vous tenir informés des réponses de la Caisse.